C’est avec une profonde tristesse que nous rappelons ici la mémoire de notre collègue et ami Paul Cabilio, qui s’est éteint paisiblement le 20 juillet 2026 à l’Hôpital Queen-Elizabeth de Charlottetown (Île-du-Prince-Édouard) à l’âge de 81 ans, à la suite d’une brève maladie. Il laisse dans le deuil son épouse Juta (née Oder), avec qui il partageait sa vie depuis 57 ans, leurs enfants Adrian Cabilio (Elizabeth Bobrow) et Nora Cabilio (Jonathan Leslie), ainsi que cinq petits-enfants.
Paul est né à Gravina in Puglia, près de Bari, en Italie, le 29 novembre 1944. Il était l’aîné des deux fils de Marco Cabilio et Yolanda Bettega. Sa famille a immigré au Canada en août 1955 et s’est établie à Montréal (Québec). Paul a d’abord étudié les mathématiques et la statistique à l’Université McGill (BSc, 1966 ; MSc, 1969), où il a aussi rencontré sa future épouse. Il a ensuite travaillé comme statisticien à la Commission géologique du Canada à Ottawa (1968–1969) avant de poursuivre sa formation à l’Université Columbia, où il a obtenu son doctorat en 1973 sous la direction d’Herbert Robbins.
Une fois diplômé, Paul s’est joint au Département de mathématiques de l’Université Acadia, où il a été promu au rang d’agrégé en 1978 et de titulaire en 1985. Après avoir occupé le poste par intérim en 1984–1985, c’est à trois reprises (1988–1994, 2002–2003, 2004–2006) qu’il a dirigé les destinées de son unité, renommée Département de mathématiques et de statistique. Il a en outre siégé au sénat de l’université (1978–1981, 1983–1985, 1998–2001, 2003–2006) et œuvré au sein de son syndicat, dont il a été le secrétaire (1977–1978), le négociateur en chef de la 2e convention collective (1978–1979) et le président (1980–1981). Il a en outre exercé les fonctions de doyen par intérim de la Faculté des sciences pures et appliquées en 2003–2004. Retraité depuis 2007, il a conservé à vie le titre de professeur émérite.
Sous l’impulsion de Paul, son département a connu une croissance remarquable et s’est forgé une réputation nationale pour l’excellence de sa formation de 1er cycle en mathématiques et en statistique. Paul a aussi contribué à bâtir un groupe de statistique au rayonnement et aux réalisations sans commune mesure avec sa taille. À son arrivée en 1973, le département n’offrait que deux cours de statistique. Au fil des ans, Paul a veillé à la mise en place d’un cursus complet de 1er cycle composé de 14 cours de statistique, dont trois cours d’introduction aux probabilités et à la statistique et huit cours avancés reconnus, depuis 2008, aux fins de la désignation A.Stat. À l’échelle de l’Université Acadia, il a constamment plaidé en faveur d’une utilisation rigoureuse des méthodes statistiques en science, convainquant de nombreuses directions de programmes d’inclure dans leurs formations un cours-année de statistique dispensé par le département. De plus, il a fondé en 1990 le Centre de consultation statistique de l’Université Acadia.
Paul était un enseignant, un directeur de recherche et un mentor exceptionnel qui a marqué son entourage par sa gentillesse, sa sagesse et sa générosité. Animé d’un profond dévouement envers les personnes qu’il encadrait, il les soutenait en créant des occasions d’apprentissage grâce auxquelles elles pouvaient acquérir les connaissances, la confiance et les compétences nécessaires à leur épanouissement professionnel. En encourageant l’esprit critique, la curiosité intellectuelle et l’exploration de nouvelles idées, il les incitait à donner le meilleur d’elles-mêmes, tout en veillant à ce qu’elles se sentent valorisées et soutenues.
En plus d’être un enseignant et un administrateur accompli, Paul était un chercheur d’une grande rigueur, dont les nombreuses contributions méthodologiques et appliquées ont fait progresser les sciences statistiques. Il était particulièrement reconnu pour ses travaux sur les méthodes de corrélation de rang en présence d’ex æquo ou de données incomplètes issues d’expériences planifiées. Certains de ses articles sur ce thème ont notamment paru dans La revue canadienne de statistique, The Annals of Statistics et le Journal of the American Statistical Association. Il a en outre cosigné nombre de publications à caractère appliqué ou pédagogique.
Sur le plan de la recherche, le principal collaborateur de Paul fut Mayer Alvo, qu’il avait connu dès ses études de 1er cycle à McGill et avec qui il partageait une profonde affinité intellectuelle. Ils ont entretenu, tout au long de leur vie, une collaboration féconde et une amitié durable. Leur interaction a été particulièrement intense lors des années d’étude et de recherche que Paul a passées au Technion (1979–1980) et à Ottawa (1994–1995, 2001). Une autre sabbatique l’a conduit à la Sapienza Università di Roma (1986–1987). Cet article est accompagné d’un vibrant hommage à Paul rédigé par Mayer.
Au sein de la Société statistique du Canada (SSC), Paul était reconnu pour son dévouement, sa rigueur et son sens du service. Au fil des ans, il a exercé de nombreuses responsabilités de premier plan, dont celles de président du comité local d’organisation du congrès annuel de 1993 à l’Université Acadia, secrétaire du programme et président du comité du programme (1996–2002), secrétaire exécutif de la SSC (2006–2009), ainsi que membre élu du conseil d’administration (1994–1996, 1996–1998, 2003–2005). Aussi la SSC lui a-t-elle décerné le Prix pour services insignes en 2010.
En 2014, Paul a de nouveau prêté son expertise à la SSC lorsque l’adoption de la Loi canadienne sur les organisations à but non lucratif a nécessité de nombreuses démarches juridiques et une refonte complète des statuts de la Société. Grâce à son remarquable souci du détail, à sa maîtrise des statuts et règlements existants ainsi qu’à sa connaissance de l’histoire de la SSC, cette transition a pu être menée de façon harmonieuse et dans les délais impartis.
Au-delà de sa profession, Paul nourrissait de nombreuses passions. Amateur de randonnée et de camping sauvage, il faisait chaque année des excursions familiales en canot dans l’arrière-pays du parc national Kejimkujik. Voyageur intrépide, excellent cuisinier et jardinier enthousiaste, il consacrait aussi beaucoup de temps à ses serres, où il cultivait entre autres des orchidées exotiques.
Paul alliait intelligence, intégrité et dévouement. Au-delà de ses réalisations, il se distinguait par sa collégialité, sa générosité et son sens de l’humour discret, mais contagieux. Pour ses collègues ainsi que pour ceux et celles qu’il a formés et qu’il chérissait, il était un mentor respecté, un collaborateur précieux et un compagnon fidèle. Il a laissé une empreinte durable à l’Université Acadia, au sein de la SSC et dans la communauté statistique en général. Son absence se fera vivement sentir, mais son influence perdurera à travers toutes les personnes et les institutions qu’il a contribué à former et à façonner.
Hugh Chipman, Université Acadia
Christian Genest, Université McGill