La disparition d’Arak M. Mathai (28 avril 1935 – 20 décembre 2025), mathématicien et statisticien d’une rare envergure dont l’œuvre a éminemment façonné l’analyse multivariée moderne, la théorie des fonctions spéciales et la probabilité appliquée, représente une perte d’une portée singulière. Terrassé au terme d’un combat contre un cancer aussi fulgurant qu’inattendu, il lègue un héritage intellectuel d’une richesse exceptionnelle et d’une portée véritablement mondiale.
Natif du Kerala, en Inde, il révéla dès son plus jeune âge un talent indéniable pour les mathématiques. Après avoir terminé ses premières études dans son pays natal, il a poursuivi sa formation à l’Université de Toronto, puis a rejoint le corps professoral de l’Université McGill, à Montréal, où il a consacré l’essentiel de sa brillante carrière universitaire à l’enseignement et à la recherche.
Le corpus de ses travaux s’étend à un vaste éventail de domaines, allant de la statistique multivariée à la probabilité géométrique, en passant par la théorie de l’information, l’astrophysique et la modélisation biologique. Auteur de 37 ouvrages et de plus de 300 articles, il a, de fait, profondément influencé maints champs de recherche. Une présentation éclairante de ses diverses contributions peut être consultée à l’adresse : https://www.scirp.org/pdf/ce_2020032415263705.pdf
Mais au-delà du scientifique, c’est le formateur que beaucoup retiendront. Le professeur Mathai était un guide attentionné et particulièrement inspirant, dont l’influence a éclairé plusieurs générations de chercheurs. Il a encadré un grand nombre d’étudiants des cycles supérieurs, un contingent d’entre eux ayant par la suite mené des carrières distinguées. Il savait encourager la réflexion autonome tout en offrant un accompagnement attentif et bienveillant. J’eus le privilège de compter parmi ses étudiants doctoraux de 1980 à 1984. Il a également joué un rôle clé quant à mon intégration au sein du Département de statistique et d’actuariat de l’Université Western, où je poursuis mon parcours professionnel depuis plus de 42 ans. Son mentorat a sensiblement façonné mon développement académique. Au fil des ans, nous avons conjointement rédigé trois ouvrages ainsi que plusieurs articles, et j’ai constamment été impressionné par son ardeur au travail. Surtout, comme tant d’autres, je l’ai connu comme un homme d’une grande humanité : affable, généreux, animé d’un profond désir de transmettre. Il excellait à rendre limpides les idées les plus complexes, posait des questions d’une rare pertinence et offrait des commentaires toujours constructifs. Sa disparition laisse un vide considérable chez tous ceux qui ont eu la chance de bénéficier de ses conseils et encouragements.

L’apport du professeur Mathai rayonna bien au-delà du giron de l’Université McGill. Par exemple, il fut l’un des fondateurs du Centre for Mathematical and Statistical Sciences (CMSS), implanté dans l’État du Kerala, un institut voué à l’avancement des mathématiques et de la statistique en Inde. Sous son égide, le CMSS devint un lieu de recherche dynamique, un espace de formation et un carrefour de collaborations internationales. Son engagement envers le développement scientifique de son pays natal s’est avéré constant et authentique.
Les honneurs qui lui furent décernés témoignent de l’estime dont il jouissait à l’échelle internationale. Élu Fellow de l’IMS (Institute of Mathematical Statistics), de la Royal Statistical Society et de la National Academy of Sciences of India, il exerça également la présidence de l’Indian Mathematical Society et de la Kerala State Statistical Commission. De plus, il siégea aux comités éditoriaux de revues scientifiques de haut calibre et fut fréquemment convié à prononcer des conférences d’honneur. À trois reprises, il fut honoré par le Bureau des affaires spatiales des Nations Unies. Par ailleurs, il fonda La revue canadienne de statistique et l’Association canadienne de science statistique — laquelle deviendra plus tard la Société statistique du Canada. Nonobstant ces marques de distinction et son remarquable parcours, il demeura toute sa vie d’une modestie exemplaire.
La disparition d’A. M. Mathai plonge la communauté statistique canadienne dans un deuil dont la portée atteint des milieux scientifiques du monde entier. Ses idées continuent d’inspirer des recherches en plein essor, et son influence se reflète chez les étudiants qu’il a formés au fil de sa carrière, les nombreux collaborateurs qui l’ont côtoyé au cours des ans, de même que les chercheurs qui s’engagent aujourd’hui dans les multiples pistes qu’il a frayées. Son empreinte s’avère désormais indissociable de l’édifice de la statistique mathématique moderne, et son héritage épistémique résonnera longtemps encore.
Il laisse dans le deuil sa famille, à laquelle il demeura fidèlement attaché. Sa mémoire perdurera non seulement dans ses contributions scientifiques, mais aussi dans la générosité, la droiture et l’esprit de curiosité qui l’ont toujours animé.
La vie et l’œuvre d’Arak M. Mathai témoignent d’une passion indéfectible pour la découverte, d’un sens affirmé du mentorat, et d’un engagement soutenu à l’approfondissement des connaissances. Son absence sera vivement ressentie.
Serge B. Provost