C’est avec tristesse que nous vous informons du décès de notre collègue et ami Hervé Morin, survenu à Québec le 16 octobre 2025 des suites de la maladie de Parkinson. Hervé a été professeur de statistique à l’Université Laval pendant près de 34 ans, soit de septembre 1969 jusqu’à sa retraite, en juillet 2003.
Hervé naît à Levallois-Perret, en banlieue parisienne, le 28 juillet 1944. Après avoir obtenu dès janvier 1962 son diplôme de bachelier de l’enseignement du second degré, options séries C (mathématiques), il entreprend à Paris des études supérieures, couronnées en octobre 1965 par sa réussite à l’examen de fin de première année du cycle supérieur. En juin 1967, on lui décerne un Certificat de deuxième cycle en calcul automatique et, en octobre 1967, un Certificat d’aptitude à l’emploi des méthodes statistiques.
Suite à une rencontre fortuite avec le statisticien indo-canadien T. V. Narayana (1930–1987), de passage à Paris où il avait étudié dans les années 1950, Hervé accepte son invitation de partir à l’aventure et de poursuivre des études supérieures à l’Université de l’Alberta. Il débarque à Edmonton en novembre 1967 et complétera, en mai 1970, un mémoire portant sur « Certaines utilisations du langage APL dans la théorie des tournois ». C’est aussi à Edmonton qu’il rencontre sa future épouse, Claire Poirier, une enseignante québécoise profitant d’un programme d’échange pancanadien lancé pour marquer le centenaire de la Confédération. Hervé fait alors le choix de s’établir en permanence au Canada.
Dès septembre 1969, Hervé est engagé à l’Université Laval comme assistant au Département de mathématiques tout en honorant son service militaire français durant 16 mois. À cette époque, l’École d’actuariat fait encore partie du département et propose des formations très populaires. Dans l’espoir d’intégrer ce groupe, Hervé passe donc avec succès quatre examens de la Société des actuaires entre 1973 et 1975. Il est alors nommé professeur adjoint en juin 1976 et promu au rang d’agrégé en juin 1980. Pendant cette période, Hervé et Claire habitent sur la rive sud de Québec et auront une fille, Isabelle.
L’année 1984 marque la fondation du Service de consultation statistique (SCS) au Département de mathématiques et de statistique. Hervé sera le premier à s’y impliquer, aux côtés de Louis-Paul Rivest. Au fil des ans, il supervisera la réalisation des projets de fin d’études de nombreuses personnes inscrites au programme de baccalauréat spécialisé en statistique. En parallèle, il écrit un livre sur la « Théorie de l’échantillonnage », paru aux Presses de l’Université Laval en 1993. C’est aussi cette année-là qu’il devient professeur titulaire. Il prend une retraite graduelle à compter de l’automne 2002.
Au sein de la Société statistique du Canada (SSC), Hervé s’est d’abord fait connaître comme responsable des arrangements locaux en vue du congrès annuel, tenu à l’Université Laval en 1987. De juin 1990 à mai 2000, il sera également coordonnateur du volet francophone du magazine Liaison de la SSC. Sa conjointe, Claire, met aussi la main à la pâte pour réaliser des traductions à partir du vol. 7, no. 4 (août 1993). En 1996, Hervé est en outre responsable des arrangements locaux pour les 28e Journées de statistique de l’ASU, qui attirent à Québec plus de 500 participants. À cette occasion, il affrète un vol Paris-Québec et organise le banquet à la salle de bal du Château Frontenac.
De nombreuses années avant sa retraite, et tout au long de celle-ci, Hervé s’est intéressé à l’histoire et à la généalogie tout au sillonnant la planète avec sa conjointe. Il a notamment compilé des registres des baptêmes et des inhumations à Saint-Nicolas au XIXe siècle, de même qu’un registre de 3000 mariages à Saint-Nicolas depuis 1694. Ces volumineux documents ont été publiés par la Société historique de Saint-Nicolas et Bernières. Il a en outre coécrit avec Benoît Lagueux l’ouvrage Généalogie des familles souches de Saint-Nicolas, publié par la même société en 2009.
Empreint de bonhomie et doté d’un sens de l’humour aiguisé, Hervé était profondément dévoué à sa famille et à sa communauté, s’occupant notamment du mouvement scout pendant de nombreuses années à Charny. Il laisse dans le deuil, outre son épouse Claire, sa fille Isabelle Morin (Mathieu Bélanger), sa petite-fille Anouk Lefebvre (Vincent Carbonneau), son arrière-petit-fils Louis, son frère feu Gilles Morin (feu Françoise Le Marec), son neveu François et sa nièce Anne.
Il nous manquera beaucoup, ainsi qu’à nombre de ses anciens collègues du Département de mathématiques et de statistique de l’Université Laval.
C. Genest, Université McGill et L.-P. Rivest, Université Laval