Le prix d’excellence en enseignement pour professeur.e ou chercheur.e de la SSC récompense l'excellence soutenue dans l'enseignement de la statistique par les membres de la SSC, grâce à des contributions importantes à la pédagogie fondée sur des données probantes et au leadership dans l’enseignement de la statistique au Canada. Une telle excellence soutenue peut être démontrée par le développement et l'amélioration de méthodes pédagogiques fondées sur des données probantes, la promotion continue de l'accessibilité et de l'inclusivité dans l'apprentissage, l'intégration globale et continue de la recherche ou de l'expérience professionnelle dans l'enseignement, ou la preuve de réussite dans le renforcement de la communauté statistique.
James A. Hanley, professeur retraité de biostatistique de l’Université McGill, est le récipiendaire du prix d’excellence en enseignement pour professeur ou chercheur 2026 de la Société statistique du Canada (SSC).
Né en Irlande, James a complété son baccalauréat et une maîtrise en mathématique et statistique à l’université nationale d’Irlande à Cork, avant de poursuivre ses études doctorales à l’Université de Waterloo. Suite à la complétion de son PhD, il a travaillé aux États-Unis, d’abord à l’Université d'État de New York (SUNY) à Buffalo, puis à l’Université Harvard. Il est ensuite revenu au Canada en 1980 comme professeur au sein du Département d’épidémiologie et de santé de McGill (renommé en 1984), où il est demeuré jusqu’à sa retraite en 2023. Il continue d’être actif et de publier des articles, notamment sur l’histoire de la statistique.
James est un chercheur prolifique dont les travaux de recherche ont eu un énorme impact. Ses remarquables contributions à la biostatistique et à l’épidémiologie ont déjà été soulignées par le Prix pour l’impact de travaux appliqués et collaboratifs de la SSC en 2016, en plus d’être membre honoraire 2024. Il a également reçu le Prix d’excellence de la SCEB pour l'ensemble des réalisations en carrière de la Société canadienne d’épidémiologie et de biostatistique (SCÉB). Une biographie étoffée étant déjà parue dans Liaison (vol. 38, no. 4 and vol. 30, no. 3), cet article se concentre sur les contributions de James à la pédagogie et l’enseignement de la statistique.
Tout au long de sa carrière, James a abordé l'enseignement en mettant fortement l'accent sur les étudiants. De par son utilisation de données réelles, de l'intégration de l'apprentissage actif et de l'importance accordée à la compréhension conceptuelle, il a toujours appliqué les meilleures pratiques, précurseur de ce qu’on dénomme aujourd’hui l’enseignement basé sur les preuves. Ses anciens étudiants et collègues ont témoigné dans leurs lettres de soutien de l'impact profond que James a eu sur leurs carrières respectives comme éducateurs et éducatrices. Son style d'enseignement novateur, décrit comme original et extrêmement efficace, découle de son enthousiasme débordant et de sa capacité à captiver son public et à « donner vie aux statistiques ». Il commençait généralement ses leçons en apportant une coupure d’article issue d’une revue scientifique ou de la Gazette de Montréal, qui lui servait d’introduction pour un concept statistique ou une méthode d’inférence. En ramenant la biostatistique à des problèmes de tous les jours, sans cesse renouvelés, il réussissait à intéresser ses étudiant(e)s et à motiver le “pourquoi” d’outils enseignés. Pour s’assurer de leur compréhension, il leur faisait également effectuer manuellement tous les calculs de base statistique pour comprendre ce qui se trouve sous le capot et leur permettre d’approfondir leur compréhension des sorties de logiciel. James invitait à la réflexion critique dans le cadre d’évaluations authentiques, en faisant critiquer par ses étudiant(e)s la méthodologie d’articles et les limites de résultats de recherche. La participation active était également partie intégrante des cours de James, que ce soit par la collecte de données ou lors de discussions en classe avec des praticien(ne)s invité(e)s à partager leurs expériences.
Si la passion de James pour l’enseignement est contagieuse, son mentorat d’étudiant(e)s autres que ceux et celles sous sa tutelle directe est remarquable. Il a co-écrit de nombreux articles de vulgarisation scientifique avec eux, souvent suite à une question de leur part qui demandait clarification. Sa porte était toujours ouverte pour quiconque avait des questions, il faisait preuve d’une curiosité manifeste pour le travail de tous.
À McGill, James a servi deux fois comme directeur de programme aux cycles supérieurs pendant une période de croissance importante du département et à mené avec Erica Moodie à la refonte en 2006 et 2008. Il a développé deux cours obligatoires du programme doctoral de biostatistique, a épaulé ses collègues pour construire de nouveaux cours ou en améliorer d’autres, et a enseigné près de 60 cours à des générations d’étudiant(e)s en biostatistique, épidémiologie et médecine, parfois en co-enseignement. Sa pédagogie a été largement reconnue: James a reçu six fois le prix d’excellence enseignement décerné par l’association étudiante du département d’Épidémiologie, biostatistique et santé, plus qu’aucun autre professeur(e). Il est aussi récipiendaire du Prix du recteur pour l’excellence en enseignement en 2011 pour professeur titulaire.
James est connu pour ses deux articles clés sur l’interprétation des fonctions d’efficacité du récepteur (co-écrits avec Barbara McNeil et parus dans Radiology en 1982-83), qui demeurent des lectures obligatoires dans l’enseignement de l’épidémiologie clinique. Il a également écrit, souvent en collaboration avec des étudiant(e)s, des articles “translationnels” visant à vulgariser des sujets statistiques: parmi ces derniers figurent des présentations des équations généralisées d'estimation (cité plus de 2500 fois), des paradoxes statistiques et des essais de dépistages, entre autres sujets. En plus de souligner les écueils à éviter lors de leur application, les exemples employés dans ces articles permettent d’enseigner des méthodes complexes à l’aide d’exemples intuitifs avec des explications claires. Une qualité remarquable de ces publications, soulignée par de nombreux collègues de James, est qu’elles demeurent des lectures pertinentes aujourd’hui, parfois plusieurs décennies depuis leurs publications et ont servi à éduquer des générations de chercheurs et chercheuses et de clinicien(ne)s.
James se passionne d’enseignement depuis longtemps et collige des exemples de situations et de données pour l’enseignement, allant de la survie des gagnants des Oscars, aux survivants du Titanic, ou la profondeur de l’océan. Ce matériel, disponible sur son site web personnel, est également partagé par le biais d’une multitude d’articles parus entre autres dans Teaching Statistic, American Statistician et Journal of Statistics and Data Science Education. Il a également écrit plusieurs brefs essais dans Significance et Accromath destinés à un public plus généraliste. Sa quarantaine de publications liées à la pédagogie et l’enseignement de la (bio)statistique ont eu un impact international, et James continue à transmettre ses connaissances; à titre d’exemple, neuf tutoriels ont été publiés depuis sa retraite!
« À James Hanley, pour son leadership dans la promotion de l'enseignement de la biostatistique et de l'épidémiologie à l'Université McGill et dans le monde entier ; pour ses articles pédagogiques marquants qui éclairent les méthodes statistiques dans les sciences de la santé et au-delà ; pour son engagement exceptionnel dans l'encadrement des étudiants, tant en classe qu'en dehors ; et pour son enseignement soutenu et novateur des concepts statistiques à travers des problèmes concrets et des données historiques, largement diffusé grâce à ses travaux universitaires. »