Nécrologie : Venamamalai Seshadri (1928-2020)

Venamamalai Seshadri

Venamamalai Seshadri, professeur émérite de statistique à l’Université McGill, est décédé paisiblement au domicile de sa fille le 8 mars 2020, à Sunnyvale, en Californie. Il avait 91 ans.

Sesh, comme on l’appelait informellement, est né le 25 avril 1928 à Kizhanatham, en Inde. Après des études de mathématiques au Collège Loyola de Madras (MA, 1950), il a enseigné au Sri Lanka (1950- 54) et au Myanmar (1954-57) avant d’aller aux États-Unis pour faire des études de 3e cycle en statistique mathématique à l’Oklahoma State University (PhD, 1961). Sa thèse, intitulée « Estimation in the Balanced Incomplete Block Design », a été écrite sous la direction de l’éminent statisticien Franklin Graybill. Après ses études, Sesh a enseigné à la Southern Methodist University de Dallas, au Texas, jusqu’en 1962. Il a ensuite déménagé sa famille à Montréal, où il a entrepris sa carrière à l’Université McGill. Il y a été agrégé en 1964 et titularisé en 1970. Il a pris sa retraite en 1997.

Sesh était un spécialiste de la théorie des lois de probabilités. Son nom est dorénavant indissociable de la loi gaussienne inverse, dont il a entamé une longue et fructueuse étude en 1981. Son imposant traité sur le sujet, intitulé « The Inverse Gaussian Distribution: A Case Study in Exponential Families », a été publié en 1992 chez Oxford University Press. Il l’a complété en 1999 par un deuxième ouvrage intitulé « The Inverse Gaussian Distribution: Statistical Theory and Applications », paru dans la série Springer Lecture Notes. Ces deux livres constituent ensemble des références incontournables sur le sujet.

Cependant, les travaux de Sesh ont couvert un spectre beaucoup plus large. Au début de sa carrière, dans les années 60, il s’est intéressé à des problèmes d’estimation. Il a proposé des moyens de combiner divers estimateurs d’un paramètre dans l’esprit de l’estimateur à rétrécisseur de Stein. Il s’est aussi penché sur des questions de probabilité, notamment les lois stables et les probabilités caudales. Ses travaux en analyse multivariée regorgent d’idées et de techniques ; il a notamment proposé une nouvelle façon de construire des lois multivariées sur le simplexe et l’emploi de fractions continues et de marches aléatoires sur certains semi-groupes. De plus, il s’est servi de la transformée de Laplace multivariée pour étudier le lien entre les lois à fonction de variance quadratique et leurs homologues conjugués. Ces derniers travaux sont d’ailleurs en lien avec ceux qu’il a réalisés sur les familles exponentielles naturelles et la famille gaussienne inverse.

Pendant ses années à McGill, Sesh a produit plus de 50 articles de recherche ; plusieurs d’entre eux ont paru dans des revues de haut calibre tel The Annals of Statistics, le Journal of the American Statistical Association et Biometrics. Il a aussi beaucoup publié dans La revue canadienne de statistique. Nombre de ses articles ont été écrits en solo mais il a également collaboré avec des probabilistes et des statisticiens de renom tels que Miklós Csörgö (Carleton), Michael Stephens (Simon Fraser), Gérard Letac (Toulouse) et Ole Barndorff-Nielsen (Université d’Aarhus). Il a en outre supervisé 9 étudiants de 2e cycle et 2 doctorants. Plusieurs d’entre eux ont eu des carrières universitaires, dont Morty Yalovsky et Christina Wolfson (McGill), Paul Cabilio (Acadie), Brenda MacGibbon (UQAM), Jonathan Shuster (U. de Floride), Sana El-Khoraibie (U. du Caire) et Alain Vandal (U. d’Auckland).

Au Département de mathématiques et de statistique de McGill, Sesh était connu comme un grand voyageur. Sa réputation et ses exposés enthousiastes, livrés en anglais ou en français, lui ont valu des invitations du monde entier et ont nourri son envie de voyager. À sa retraite, il a passé de nombreuses années à enseigner dans des universités prestigieuses du monde entier en tant que professeur émérite, à jouer des parties de bridge avec ses amis et à passer du temps avec sa chère épouse, feu Champa Seshadri.

Sesh laisse dans le deuil sa sœur Leelavathi Seshadri, ses enfants (Srinivasan Seshadri et Usha Seshadri), ainsi que divers conjoints (Ikuko Fukuta Seshadri, Lakshmi Seshadri, Michael Kreaden et Marie- Christine Guiot). Il est pleuré par sept petits-enfants : Olivia Seshadri, Annapurna Kreaden, Siddartha Kreaden, Masashi et Satoko Sato, ainsi que Masatoshi et Alex Sato. Son départ a laissé un grand vide mais son important lègue scientifique a enrichi la science statistique.

 

par C. Genest et D.B. Wolfson, Université McGill, Montréal

Mercredi, 11 mars, 2020

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