l’apnée obstructive du sommeil

2006

Date Source: 

Dr. Sharon Chung of the Department of Psychiatry at Toronto Western Hospital and her co-investigators Negar Ahmadi and Colin Shapiro

Organizer: 

Alison Gibbs, Department of Statistics, University of Toronto

Résumé de l’étude

Contexte:

Questionnaire de Berlin relatif à l’apnée du sommeil administré à une population de clinique du sommeil : liens avec la mesure polysomnographique des troubles respiratoires
L’apnée obstructive du sommeil (AOS) se caractérise par une interruption de la respiration de plus de dix secondes pendant le sommeil et résulte en un arrêt de la respiration total ou partiel. En l’absence de traitement, le patient risque une mortalité accrue. Cela est principalement dû à la relation causale entre l’apnée du sommeil et la coronaropathie, la défaillance cardiaque, l’infarctus du myocarde, les accidents cérébrovasculaires, l’hypertension systémique et l’hypertension pulmonaire. L’impact socio-économique le plus grave de l’apnée du sommeil non traitée est une prévalence de trois à sept fois plus grande d’accidents d’automobiles chez les conducteurs souffrant d’apnée du sommeil non traitée. Parmi les autres conséquences de l’apnée du sommeil non diagnostiquée et non traitée, on peut citer une réduction de la qualité de vie, le dysfonctionnement cognitif, une diminution de la vigilance, des troubles de la concentration et de la mémoire, une tension mentale accrue, la dépression, l’épuisement, l’anxiété, des crises de panique nocturnes, des troubles généraux de l’humeur et la dysfonction sexuelle masculine.
 

La prévalence estimée de l’AOS varie en fonction du sexe et de l’âge. Chez les adultes d’âge moyen, l’apnée du sommeil d’intérêt clinique (indice de troubles respiratoires (RDI) > 10) touche environ 2-5 % des hommes et 2 % des femmes. On estime qu’environ 24 % des patients de soins primaires souffrent d’AOS. Chez environ un patient sur trois aiguillés vers les spécialistes du sommeil de l’hôpital Western de Toronto, on soupçonne une apnée du sommeil.
 

La polysomnographie de nuit et l’enregistrement des troubles respiratoires constituent les meilleurs moyens de diagnostiquer l’apnée du sommeil. Dans le passé, on jugeait préférable d’administrer deux nuits de tests polysomnographiques. En effet, la première nuit de sommeil en laboratoire (ou dans tout autre environnement étrange) se caractérise par une réduction de la quantité et de la qualité du sommeil. De plus, les études ont prouvé une variabilité d’une nuit à l’autre dans l’indice de troubles respiratoires, la variable respiratoire utilisée pour mesurer la présence et la sévérité de l’AOS. Sur la base d’une seule nuit de tests du sommeil en laboratoire, on signale que de 11 à 22 % des apnées du sommeil restent non diagnostiquées. Les tests du sommeil à domicile, où « l’effet de la première nuit » ne devrait pas être un facteur, montrent une proportion similaire de diagnostics manqués d’AOS sur la base d’une seule nuit d’enregistrements.
 

Cependant, le système des soins de santé a récemment ordonné qu’une nuit de tests suffirait plutôt que deux. Étant donné qu’une nuit supplémentaire est nécessaire pour déterminer les ajustements appropriés pour les patients qui ont besoin de traitement, les spécialistes du sommeil se voient forcés d’établir leur diagnostic sur la base d’une seule nuit d’enregistrements. Vu le risque accru de diagnostic manqué en de telles circonstances, l’entrevue clinique jouera désormais un rôle plus important dans l’identification des patients souffrant d’apnée du sommeil. Dans le cadre du processus de l’entrevue clinique, tous les patients de la clinique doivent compléter une batterie de questionnaires qui sont passés en revue par le spécialiste du sommeil au moment de la consultation médicale. Le questionnaire consiste en une variété d’échelles et d’instruments visant à dépister divers troubles du sommeil.
 

L’un des instruments de la batterie de questionnaire cliniques est le Questionnaire de Berlin (QB), une échelle permettant d’évaluer l’apnée du sommeil. Cette suite de 10 questions évalue le risque (haut ou faible) d’apnée du sommeil en fonction des réponses aux questions. Le questionnaire prend environ 5 minutes à compléter et pour les patients souffrant d’apnée du sommeil d’intérêt clinique, la valeur prédictive positive est de 0,97, la spécificité de 0,97 et la sensibilité de 0,54. En raison de la réduction du nombre de nuits de tests du sommeil, le Questionnaire de Berlin pourrait jouer un rôle plus important pour savoir si un patient est à risque d’AOS. Toutefois, seules quelques études publiées ont comparé les scores à l’échelle de Berlin à l’indice de troubles respiratoires (ou indice apnée-hypopnée), étalon de base du diagnostic de l’apnée du sommeil. En outre, aucune de ces études n’a utilisé une population de clinique du sommeil parmi laquelle la présence d’autres troubles du sommeil peut altérer la sensibilité et la spécificité du Questionnaire de Berlin pour l’apnée du sommeil.
 

Les patients souffrant d’apnée du sommeil présentent généralement des symptômes de somnolence journalière excessive et, surtout chez les femmes, se plaignent davantage d’insomnie ou d’épuisement. Cliniquement, l’échelle de somnolence d’Epworth (mesure largement usitée de la somnolence journalière excessive) peut constituer un outil supplémentaire utile pour aider à identifier les personnes risquant de souffrir d’apnée du sommeil. Vu les différences entre les sexes, l’échelle de sévérité de la fatigue (instrument utilisé pour mesurer l’épuisement dans diverses populations de patients) et l’échelle d’insomnie d’Athènes (instrument développé pour dépister l’insomnie) seraient très utiles pour aider à identifier les femmes qui risquent d’être écartées sur la base des critères habituels. Aucune étude de la littérature n’a vérifié si l’efficacité prédictive du Questionnaire de Berlin à identifier les personnes souffrant d’apnée du sommeil peut être améliorée par les résultats de l’échelle de somnolence d’Epworth, de l’échelle d’insomnie d’Athènes et de l’échelle de sévérité de la fatigue.
 

Un outil de dépistage de l’apnée du sommeil a de l’importance au-delà de la médecine du sommeil. De même que pendant le sommeil, une réduction ou cessation du flux d’air peut se produire chez les patients souffrant d’AOS dont le système nerveux central est déprimé à la suite de l’administration de sédatifs ou d’agents anesthétiques. Toutefois, contrairement au sommeil normal, les mécanismes de défense (comme le réveil) qui aident à surmonter l’hypoxie sont supprimés pendant l’anesthésie. Par conséquent, des complications respiratoires critiques ont été signalées dans la période péri-chirurgicale et post-chirurgicale chez les patients souffrant d’apnée du sommeil grave non diagnostiquée. Dans le cadre d’une anesthésie, il serait très utile de pouvoir dépister l’apnée du sommeil à l’aide du Questionnaire de Berlin afin d’aider à prévenir les complications péri- et post-chirurgicales. Actuellement, les chercheurs en anesthésie de l’hôpital Western de Toronto aimeraient développer une version abrégée du Questionnaire de Berlin comme outil rapide de dépistage pour tous les patients devant subir une intervention chirurgicale. Il serait souhaitable à ces fins de savoir quels éléments du Questionnaire de Berlin sont plus prédictifs d’un risque accru d’apnée du sommeil.
 

Toutes les questions susmentionnées doivent être explorées avant que l’échelle du Questionnaire de Berlin ne puisse servir d’outil fiable pour identifier les personnes les plus à risque de souffrir d’apnée du sommeil, non seulement en clinique du sommeil, mais également dans d’autres environnements cliniques. L’objectif de cette étude est de comparer les résultats du Questionnaire de Berlin à ceux de la polysomnographie nocturne chez les patients qui ont subi deux nuits de tests du sommeil. Étant donné que le système de soins de santé a indiqué qu’une seule nuit de tests diagnostics du sommeil est préférable, il est nécessaire d’étudier si le Questionnaire de Berlin est plus prédictif de l’apnée du sommeil en fonction de la première, de la seconde ou des deux nuits de dépistage d’apnée du sommeil. L’un des objectifs de l’étude est de considérer si les mesures subjectives de somnolence, d’insomnie et d’épuisement peuvent jouer un rôle adjoint utile pour améliorer l’efficacité prédictive du Questionnaire de Berlin. Un autre objectif sera d’établir s’il est faisable d’abréger le Questionnaire de Berlin en déterminant si certains éléments spécifiques de l’échelle sont plus prédictifs de l’apnée du sommeil avec une plus grande sensibilité et spécificité. Enfin, puisqu’il a été suggéré que la présentation de l’apnée du sommeil est différente chez les hommes et chez les femmes, les différences entre les sexes quant à la sensibilité et à la spécificité du Questionnaire de Berlin doivent être étudiées.

Hypothèses :

Primaires : Dans l’ensemble, le Questionnaire de Berlin détectera l’apnée du sommeil dans une population de patients de laboratoire du sommeil avec un degré élevé de sensibilité et de spécificité. La seconde nuit de tests diagnostics montrera une plus grande corrélation avec les résultats du questionnaire.
 

Secondaires : Une version abrégée du Questionnaire de Berlin peut être développée pour n’inclure que les questions les plus prédictives de l’apnée du sommeil.
 

Tertiaires : Le Questionnaire de Berlin sera moins sensible et moins spécifique chez les femmes. L’utilisation de l’échelle d’insomnie d’Athènes et de l’échelle de sévérité de la fatigue, mais pas de l’échelle de somnolence d’Epworth, améliorera l’efficacité prédictive du Questionnaire de Berlin chez les femmes.
 

Méthodologie :
 

Il s’agit d’une revue rétrospective des dossiers de patients de clinique de sommeil qui ont complété le Questionnaire de Berlin relatif à l’apnée du sommeil en plus d’avoir subi deux nuits de tests du sommeil. Les dossiers de tous les patients ayant subi deux nuits de tests du sommeil et qui ont complété le Questionnaire de Berlin pendant une période d’un an sont inclus.
 

Foire aux questions

Vérifiez régulièrement cette section.
 

Research Question: 

Les objectifs de cette étude sont les suivants :

  1. Déterminer la sensibilité et la spécificité du Questionnaire de Berlin par rapport aux conclusions de troubles respiratoires sur la base d’une ou de deux nuits d’enregistrements polysomnographiques dans une population de clinique du sommeil.
  2. Identifier les questions du Questionnaire de Berlin qui sont les plus prédictives de l’apnée du sommeil, en vue de développer une version abrégée du questionnaire.
  3. Étudier si les différences entre les sexes modifient la sensibilité et la spécificité du Questionnaire de Berlin.
  4. Déterminer si une batterie de questionnaires composée de l’échelle de somnolence d’Epworth et de l’échelle de sévérité de la fatigue en plus du Questionnaire de Berlin permettrait d’améliorer la sensibilité et la spécificité de l’identification exacte des patients souffrant d’apnée du sommeil.

Variables: 

Des données sont disponibles pour 133 sujets. Les variables nominales sont enregistrées avec une valeur de 1 dans la catégorie en question et une valeur en blanc dans les autres catégories.


Subject number – Numéro du sujet 
Age – Âge 
Gender – Sexe 
Alcohol – Consommation d’alcool (Oui ou Non; volume non spécifié) 
Caffeine – Consommation de caféine (Oui ou Non; café, colas, etc.) 
AIS – Échelle d’insomnie d’Athènes; score de 0 à 24, un score supérieur à 6 est indicatif d’insomnie 
Berlin Scale – Échelle de Berlin pour l’apnée du sommeil; le Questionnaire et les détails de notation figurent ci-après (1? indique que la réponse « Je ne sais pas » a été sélectionnée pour la question 1) 
ESS – Échelle de somnolence d’Epworth; score de 0 à 24, un score supérieur à 10 est indicatif de somnolence de jour excessive 
FSS – Échelle de sévérité de la fatigue; informations sur la notation ici  
CES-D – Échelle de dépression; score de 0 à 42, un score supérieur à 16 est indicatif de dépression 
BMI – Indice de masse corporelle (unités : kg/m2); la taille et le poids sont mesurés à la clinique (pour le Questionnaire de Berlin la valeur de l’IMC est calculée en fonction de la taille et du poids indiqués par les sujets) 
Neck Size – Taille du cou en cm 
BP – Tension artérielle (systolique/diastolique)
 

Test de la première nuit : 

FS – Échelle de fatigue; score de 1 à 7; le sujet sélectionne la réponse (de 1 à 7) qui lui convient le mieux; un score plus élevé indique une plus grande fatigue 
SSS – Échelle de somnolence; score de 1 à 7; le sujet sélectionne la réponse (de 1 à 7) qui lui convient le mieux; un score plus élevé indique une plus grande somnolence 

Mesures du sommeil : 

SOL – Latence du début du sommeil (minutes avant l’endormissement) 
TST – Temps de sommeil total (en minutes) 
SE – Efficacité du sommeil (pourcentage du temps au lit consacré au sommeil) 
REM latency – Latence (en minutes) du début du sommeil paradoxal 
S1 – Pourcentage de sommeil de phase 1 
S2 – Pourcentage de sommeil de phase 2 
S3 – Pourcentage de sommeil de phase 3 
S4 – Pourcentage de sommeil de phase 4 
REM – Pourcentage de sommeil paradoxal 
Wakefulness – Pourcentage de vigilance (insomnie) 
RDI – Indice de perturbation respiratoire (nombre de troubles respiratoires par heure de sommeil) 
Min O2 sat – Saturation en oxygène minimum pendant le sommeil 
Snoring – Ronflement 
PLMI – Indice de mouvement périodique des membres (nombre de mouvements des membres par heure de sommeil) 
AI – Indice de réveil (nombre de réveils par heure de sommeil)
 

MSLT – Test de latence moyenne du sommeil : test de jour administré après la première nuit au laboratoire du sommeil pour mesurer la somnolence; 4 séances par jour, de 30 minutes chacune, pendant lesquelles les patients sont encouragés à s’endormir. s = s’est endormi, w = est resté éveillé pendant toutes les séances. 
Mean sleep latency – Temps moyen nécessaire pour s’endormir pendant les 4 séances. Si le patient est resté réveillé pendant une ou plusieurs séances, une latence nominale de 30 minutes est utilisée pour ces séances aux fins du calcul de la latence moyenne du sommeil. 
REM latency – Si le patient est entré en phase de sommeil paradoxal pendant les tests de jour, temps avant l’entrée dans cette phase.


Test de la seconde nuit : 

Les mesures prises lors de la première nuit (voir ci-avant) sont répétées ici.
 

MWT – Test de maintien de l’éveil : test administré de jour qui mesure la capacité à rester éveillé. Ici encore, quatre séances se déroulent pendant lesquelles le patient est encouragé à rester éveillé; on note si le patient est resté éveillé (w) ou s’est endormi (s). Ici encore, si le patient est resté éveillé pendant une ou plusieurs des autres séances, ces séances sont notées comme une latence de sommeil de 30 minutes.
 

References: 

(The following are available from Alison Gibbs.)

  • Chung, SA, Jairam, S, Hussain, MRG, Shapiro, CM. How, what, and why of sleep apnea: Perspectives for primary care physicians. Canadian Family Physician. 2002; 48: 1073-80.
  • Gami AS, Pressman G, Caples SM, Kanagala R, Gard JJ, Davison DE, Malouf JF, Ammash NM, Friedman PA, Somers VK. Association of atrial fibrillation and obstructive sleep apnea. Circulation. 2004; 110(4):364-7.
  • Netzer et. al. Using the Berlin Questionnaire To identify Patients at risk for the sleep apnea syndrome. Annals of internal medicine. 1999; 131: 485-491